L’île de Madagascar s’est construite au fil des siècles sur une histoire empreinte de multiculturalisme, par la rencontre de peuples venus des quatre coins du Monde. Chaque peuplade venue s’installer sur le territoire malgache a amené sa culture, ses coutumes, mais aussi sa langue. Au fil du temps, grâce notamment à la situation géographique de l’île qui fit d’elle une escale privilégiée sur la route des Indes, un langage est apparu, mélangeant mots asiatiques, africains et arabes. L’époque coloniale, et l’influence de la France et de l’Angleterre ont contribué à l’histoire linguistique de Madagascar. Aujourd’hui, 2 langues sont officiellement reconnues par la Constitution malgache : le malagasy et le français.

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Les origines des deux langues officielles à Madagascar

Une des particularités de Madagascar réside dans la coexistence de 2 langues officielles, le malagasy (ou malgache), et le français. L’anglais a été brièvement reconnu langue officielle entre 2007 et 2010, par revendications politiques. Aujourd’hui, seuls le malagasy et le français demeurent. Cette particularité s’est construite au travers de l’histoire de Madagascar.

Le malagasy, la langue nationale

Au cours du 1er millénaire de notre ère, les côtes nord et nord-est de Madagascar se peuplèrent progressivement d’habitants venus d’Indonésie et de Malaisie, puis d’Afrique orientale. Ces communautés ne fusionnèrent pas immédiatement, mais s’implantèrent en divers points de l’île. Elles participèrent aux flux commerciaux dans cette zone de l’océan Indien, où elles y échangèrent épices et aromates avec les peuples arabes.

C’est la rencontre entre ces peuples qui a contribué à constituer la langue malgache. D’abord essentiellement tiré du sanskrit, la langue indo-européenne datant de l’Antiquité, le malgache s’est ensuite enrichi par la suite de mots arabes. Le bantou, parlé dans la région orientale du continent africain qui regroupe aujourd’hui la Tanzanie et le Mozambique, est venu compléter le malagasy. Le malgache s’est donc constitué au fil des siècles grâce à ces 3 principales influences culturelles.

Pour autant, la langue malgache n’est pas parlée de manière uniforme par l’ensemble de la population. Cet héritage multiculturel perdure encore aujourd’hui, au travers des 18 ethnies qui composent la communauté malgache. Chacune d’entre elles parle une variante du malagasy. Pour ne citer que les principales, la communauté de Mérina, d’origine indonésienne, regroupe un quart de la population, et celle des Betsileo en rassemble 12 %. Cette diversité n’est pas un frein à la transmission orale : le malgache et ses variantes sont compris par l’ensemble des ethnies.

Le malagasy fut longtemps écrit en caractères arabes. Ce n’est qu’en 1825 que les caractères latins furent adoptés. Avec la présence de missionnaires anglais et la diffusion du christianisme, la Bible fut traduite en caractères latins cette même année. En même temps, les missionnaires anglais fondèrent des écoles et contribuèrent à la diffusion de la lecture et de l’écriture dans la population malgache.

Le français, la deuxième langue officielle

Madagascar fait partie de l’histoire coloniale française. Cette empreinte forte de la France dans la culture malgache a inscrit la langue française dans le patrimoine malgache. Le français s’est peu à peu installé comme la seconde langue officielle à Madagascar.

La présence de la France sur Madagascar remonte au 17e siècle, avec l’implantation d’une première colonie, qui prit possession de l’île pour y pratiquer du commerce sur la route des Indes. Madagascar fut peu à peu abandonnée, avec l’essor de l’île de la Réunion et de l’île Maurice où s’implanta la monarchie française dans l’océan Indien.

La colonisation française reprit en 1763. Face à cela, la population malgache tenta de s’unifier, mais des querelles intestines repoussèrent à 1820 la véritable unification du pays, sous l’œil bienveillant de l’Empire britannique, soucieux de voir s’accroître la domination française. Cependant, la colonie française était bel et bien implantée. Elle fonda des écoles qui délivrèrent un enseignement en langue française. À partir de 1883, la France commença à occuper l’intégralité de l’île. C’est en 1896 que Madagascar devint officiellement une colonie française.

Les autorités françaises renforcèrent leur domination par la diffusion de la langue et de la culture françaises. Elles rendirent l’école et l’enseignement du français obligatoires. Les lycées s’ouvrirent aux enfants malgaches à partir de 1914, à condition que ceux-ci maîtrisent le français. Néanmoins, l’enseignement du malgache perdura et fut reconnu et encouragé par la France, plus par habileté politique que par un réel altruisme.

Devenu Territoire d’outre-mer en 1946, Madagascar devint par la suite une république semi-autonome, et acquit définitivement son indépendance le 26 juin 1960. Néanmoins, les autorités malgaches souhaitèrent conserver un lien privilégié avec la France, et décrétèrent dès l’indépendance la coexistence de 2 langues officielles : le malagasy et le français. Le système éducatif et la sélection pour les emplois publics ou de haut niveau continuèrent de reposer principalement sur la langue française, faisant du malgache une sorte de « langue officielle bis ». À partir de 1972, le gouvernement entama un processus de « malgachisation », visant à écarter le français de la société malgache. Mais l’empreinte du français était telle que les autorités durent renoncer. Un équilibre fut donc difficilement instauré entre les 2 langues, et la Constitution du 17 novembre 2010 déclara officiellement le malagasy et le français comme langues officielles de Madagascar.

Traduction et mots importants en malgache

Même si le français fait partie de l’histoire de Madagascar, il est très utile de connaître une base de vocabulaire malgache. D’abord parce que c’est toujours extrêmement agréable pour un habitant d’un pays de s’apercevoir que son interlocuteur étranger s’efforce de s’exprimer dans sa langue. Ensuite parce qu’aujourd’hui, malgré son empreinte dans la culture du pays, le français n’est parlé que par 16 % de la population malgache.

Le malagasy est prononcé et accentué de manière particulière. La dernière voyelle des mots ne se prononce pas, et certains sons se prononcent avec des particularités. Par exemple, le « o » se prononce [ou], le « e » est toujours accentué, les mots contenant [ao] se prononcent [o], et les sons [tr] ou [dr] se prononcent respectivement [tch] et [dz].

Parmi la liste des mots importants, un tout premier lexique à connaître pourrait être le suivant :

  • Bonjour/bonsoir : salama ;
  • parlez-vous français ? : Frantsay ve ianao ? ;
  • au revoir : veloma ;
  • merci : misaotra ;
  • je suis français : frantsay aho ;
  • je m’appelle… :… no anarako ;
  • oui/non : ia/ah-ah ;
  • combien ça coûte ? : Ohatrinona ity ? ;
  • je voudrais aller à… : Te ho any… aho ;
  • hôtel : hôtely ;
  • hôpital : hôpîtaly ;

Le voyageur qui souhaite apprendre le malgache constatera que cette langue à la particularité de contenir des mots extrêmement longs parfois complexes à mémoriser et à prononcer. Il en est de même pour les noms de certaines familles dont la composition peut atteindre une dizaine de syllabes.

Lorsqu’on se passionne pour un pays, l’histoire de sa langue nous apprend beaucoup. C’est autour de l’adoption d’un dialecte commun que se fondent les bases communes d’une société et la richesse historique et culturelle d’un pays. Madagascar, nous venons de le voir, illustre parfaitement cette règle.

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