Madagascar n’a jamais été épargnée par les épidémies au cours de son histoire. Paludisme, peste, rougeole ou encore grippe, les virus ont régulièrement circulé sur cette île, avec des effets souvent désastreux. La circulation du virus de la grippe a été particulièrement documentée depuis son apparition en 1890. Cet article présente l’histoire de ces épidémies, leurs origines, mais aussi leurs conséquences.

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Les origines et l’histoire de la grippe à Madagascar

Les premiers écrits concernant l’apparition d’une épidémie de grippe à Madagascar remontent à 1890. Entre juin et août 1890, la région de Tananarive est frappée par le virus, et des cas de complications respiratoires mortelles sont recensés.

Une deuxième épidémie d’ampleur touche l’île en 1893. D’abord circonscrite à la région de Toamasina, sur la côte Est, elle gagne ensuite Tananarive, et poursuit sa progression vers le Nord-ouest pour toucher Majunga, puis le Sud vers Fianarantsoa. C’est dans cette dernière région que le virus tue près de 10 000 personnes. La communauté scientifique attribue ce phénomène à la méconnaissance des virus par les Malgaches, à l’emprise forte de la superstition, et à l’absence de médecins et de traitements médicaux.

En 1898, la grippe fait son retour, de manière plus localisée qu’en 1893, dans la région de Tsiafahy, au sud de Tananarive. Bien qu’elle ne sévisse que dans cette région en particulier, l’épidémie est mortelle, avec un taux de mortalité de 12 %. On constate à cette époque que la maladie présente un rythme saisonnier. Elle apparaît chaque année à partir du mois d’avril, avec l’arrivée de la saison froide. Les médecins déplorent d’ailleurs la légèreté des tenues vestimentaires des Malgaches, qui selon eux est un facteur responsable de la propagation du virus.

Entre 1900 et 1903, la grippe reste présente autour de Tananarive, avec systématiquement un pic de contagion et de mortalité entre avril et septembre, période de la saison froide. En 1903 par exemple, ce sont 25 000 personnes qui décèdent de la grippe. Outre son aspect saisonnier, la grippe et son niveau élevé de propagation s’expliquent par le contexte historique. En 1896, Madagascar devient officiellement une colonie française. Cette période voit naître de nombreux foyers d’insurrection et de combats contre le corps expéditionnaire français. En zone de guerre, les privations sont nombreuses et affaiblissent les organismes des populations locales, qui deviennent plus sensibles aux virus grippaux. Cette faiblesse est accrue par la présence simultanée du paludisme, qui lui aussi fait des ravages à la même époque.

En 1918 et 1919, c’est la grippe espagnole qui frappe Madagascar. Plus de 86 000 Malgaches décèdent. La souche grippale « classique » revient en 1928 et 1929, avec la saison froide. L’épidémie de 1934 est atypique : elle démarre en novembre, bien avant le début de la saison froide. Elle n’est pas provoquée par une résurgence du virus présent tout au long de l’année, mais par l’importation d’un cas, vraisemblablement en provenance de la Réunion.

Les flambées épidémiques se succèdent ensuite tout au long du 20e siècle. Les analyses effectuées lors de chaque épisode indiquent la présence de diverses souches de virus, qui apparaissent de manière plus ou moins marquée selon les années.

En 2002, une épidémie particulièrement sévère survient dans la région de Fianarantsoa, au sud de la capitale. L’Organisation mondiale de la santé envoie une équipe de spécialistes français et américains sur place, craignant l’arrivée d’un nouveau type de virus. Les facteurs identifiés sont finalement peu différents qu’un siècle plus tôt : les spécialistes évoquent la malnutrition et l’instabilité du contexte politique, et donc du système de soins, pour expliquer la surmortalité liée à cette épidémie.

Victimes de la grippe : nombre de cas et décès

L’étude des épidémies grippales successives qui ont frappé Madagascar révèle que le virus circule toute l’année sur l’île, avec une augmentation du nombre de cas à la saison froide, à partir du mois d’avril. La maladie touche principalement les sujets très jeunes (moins de 5 ans) ou plutôt âgés (plus de 60 ans), chez lesquels on rencontre un taux de mortalité plus élevé que la moyenne. Le décès survient généralement à cause des complications respiratoires provoquées par le virus, et notamment la pneumonie.

Le contexte politico-économique de l’île aggrave les effets des épidémies. La pauvreté engendre une malnutrition dans certaines régions, qui fragilise les systèmes immunitaires. Les complications de la maladie sont donc plus fréquentes. De plus, le système de santé ne fonctionne pas de manière optimale : l’accès aux soins et aux médicaments n’est pas identique sur tout le territoire. L’instabilité politique qui a perduré de nombreuses années, et les difficultés économiques qui subsistent n’ont pas permis un développement suffisant du système de soin permettant de réduire le taux de mortalité des épidémies grippales.

Madagascar s’est dotée à partir de 2007 d’un réseau de surveillance sentinelle, dédié à l’origine au chikungunya et à la dengue, mais dont la mission a été étendue au recueil des données concernant toutes les maladies potentiellement épidémiques. Ce réseau, constitué de 34 centres de santé répartis sur tout le territoire, signale quotidiennement le nombre de cas de grippes, le nombre de consultants et leur répartition par tranches d’âge. Une étude épidémiologique a pu être menée entre 2009 et 2013 confirmant la présence du virus tout au long de l’année. Des épidémies peuvent apparaître n’importe quand avec une augmentation progressive d’année en année du nombre de consultations liées à la grippe.

Cependant, les données actualisées récentes manquent sur le nombre de cas et de décès enregistrés. Les chiffres sont parcellaires, et sont souvent donnés par ville ou par région.
Il faut remonter à la dernière épidémie majeure, celle de 2002, pour avoir une vue globale chiffrée : environ 36 000 personnes ont été infectées et 900 personnes sont décédées de la grippe.

Les épidémies de grippe ne sont jamais anodines, quel que soit le pays dans lequel elles circulent. Les instituts de veille sanitaire alertent chaque année sur la dangerosité du virus, et sur les précautions à prendre. Mais dans un pays économiquement fragile, les populations, déjà affaiblies, doivent faire face à des épidémies dont les conséquences sont décuplées.

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